« Très chère électricité »

Quel sera notre avenir énergétique ?

France 5

Documentaire

Fin 2022. Pour la première fois depuis quarante ans, la France est contrainte d’importer de l’électricité depuis les pays voisins européens. Les Français qui voient soudain leur facture flamber apprennent avec stupeur les risques de coupures de courant. La prise de conscience est collective : comment à l’avenir relever les grands défis d’une électricité décarbonée, abondante et bon marché ? Un film à voir dans « Le Monde en face » dimanche 6 avril à 21.05 sur France 5 et sur france.tv.

« Très chère électricité » © Talweg Production

Fin 2022, ce couple de boulangers du Nord a vu ses factures d’électricité multipliées par quatre. Afin d’éviter la faillite, ils se voient contraints de revoir toute leur organisation et de privilégier les heures creuses, la nuit, pour faire fonctionner les machines. En trois ans, le coût du Kwh est passé de 0,10 à 0,25 euros. En cause : la crise énergétique, la faible hydraulicité des barrages et la baisse de la production nucléaire. Mais où en est-on véritablement du marché de l'électricité en France, « un système extrêmement complexe », à l'heure des grands enjeux de transformation vers notre avenir énergétique ? 

Longtemps, l’électricité en France était accessible à tous, à un prix modéré et régulé. EDF fournissait la majorité des citoyens et chacun payait le même prix, où qu’il soit sur le territoire. Issue de l’après-guerre, la nationalisation du gaz et de l’électricité avait permis de développer le pays et de garantir une fourniture continue. « Il y avait l’idée, rappelle le sénateur Fabien Gay (PCF), que l’énergie est un bien fondamental et que chacun devait y avoir accès, à un prix raisonnable. » 
Trop pauvre en charbon, le pays avait misé sur les barrages de montagne qui fournissaient alors plus de la moitié de l’électricité produite. Le choc pétrolier de 1973 conduit le gouvernement de Pompidou à privilégier le nucléaire et à lancer la construction de plus d’une dizaine de centrales.
Aujourd’hui, 65 % de la production est nucléaire, ce qui fait de la France le deuxième pays dans l’Union européenne – derrière la Suède – où l’électricité est la plus décarbonée. Viennent ensuite les énergies renouvelables, puis les barrages en altitude, le gaz et les sources annexes, telles que le fuel ou le charbon. 
Pour cette énergie qui présente la particularité d’être majoritairement non stockable, la gestion de la fluidité de son acheminement est donc un exercice quotidien, périlleux et subtil. L’objectif principal : éviter le black-out, comme celui de 1978 qui paralysa la France entière. 
Ce sont les barrages qui sont sollicités pour faire face aux pics quotidiens ou saisonniers de consommation. « Les ouvrages de production d’altitude sont mobilisables en quelques minutes », explique Lionel Chanut, syndicaliste CGT Énergie Savoie.

Le Monde en face
« Très chère électricité »
© Talweg Production

Depuis les années 80, le prix du Kwh n’a pratiquement pas bougé et oscille entre 0,10 et 0,12 €. Mais le monopole français et ses prix régulés agacent ses partenaires européens. Sous la pression de ses voisins allemands, le gouvernement de cohabitation prend la décision, en 2002, d’ouvrir le marché à la concurrence. RTE achemine désormais l’électricité sur les lignes à haute tension tandis qu’Enedis gère le service aux particuliers. EDF voit apparaître de nombreux fournisseurs alternatifs. Mais le prix de l'électricité est encore à 0,11€ en 2007. Le marché européen s'impatiente...
« En 2010, EDF ne perd pas assez de parts de marché, raconte Fabien Gay, non sans une part de provocation. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Des énarques inventent un truc… » 
Ce sera l’« accès régulé à l’énergie nucléaire historique » (ARENH) qui oblige EDF à vendre au prix coûtant de l’énergie nucléaire à ses concurrents qui la revendent ensuite avec une marge, sans qu'ils soient pour autant contraints d'investir dans la production. Une hérésie... Pour Jean-Bernard Lévy, PDG d'EDF (2014-2022), « ce sont tous les Français qui ont été pénalisés par l'ARENH ». En 2023, le prix du KwH atteint 0,22 €. Et sur le marché de l'électricité, la spéculation va bon train... « C'est un système complètement aberrant ! », s'indigne François Carlier, de l'association de consommateurs CCLV.
Mais le réseau électrique européen unifié constitue par ailleurs une garantie pour le pays qui a risqué la panne géante en 2022 : « Sans la solidarité européenne, rappelle Raphaël Schellenberger, le président LR de la commission d’enquête parlementaire, on n’avait plus d’électricité pour tenir notre système productif et pour tenir le confort quotidien des Français. » Le marché européen est aussi une manne pour la France à qui ses exportations d'électricité en 2024 ont rapporté cinq milliards d'euros.


Victime des défaillances d’un parc nucléaire vieillissant, d’un développement trop timoré des énergies renouvelables, d’un marché européen mal conçu et de multiples cafouillages politiques, EDF, fleuron industriel symbole de la reconstruction d’après-guerre et des Trente Glorieuses, est déstabilisé. Se retrouvent simultanément questionnées la souveraineté et l’indépendance du pays, l’équilibre économique de nos entreprises et le pouvoir d’achat des Français. De cet électrochoc naît une prise de conscience collective : comment à l’avenir relever les grands défis d’une électricité décarbonée, abondante et bon marché ?

Le Monde en face
« Très chère électricité »
© Talweg Production

« Qui a conscience qu’il n’y aurait pas de réseau d’approvisionnement électrique stable sans une minutieuse horlogerie permettant d’équilibrer production et demande, au risque du black-out ? 
Il m’a paru vital d’éclairer la complexité des défis que soulève la gestion de cette énergie, et les choix qu’elle implique : comment et pourquoi les choix forts forgés après-guerre avec la création d’EDF, longtemps champion incontestable de l’électricité en Europe, ont été détricotés sans que l’on n’ait correctement mesuré l’onde de choc que cela représentait. Comment aussi l’impératif du changement climatique remet en cause toutes nos certitudes en matière d’énergie.
Raconter tout cela, c’est questionner la société française. Mais c’est aussi interroger l’Union européenne, sa conception extensive – et parfois aveugle – de la libre concurrence appliquée même à l’électricité. Avec ce récit, au cœur du fonctionnement de l’électricité en France, il est temps non seulement de tirer les leçons du passé mais également de témoigner de l’ampleur des défis actuels, tout en suscitant une réflexion sur l'avenir énergétique de notre pays. »
 Olivier Toscer, réalisateur

Le Monde en face : Très chère électricité

Le Monde en face
« Très chère électricité »
© Talweg Production

Présenté par Mélanie Taravant

Documentaire (75 min - inédit) – Réalisation Olivier Toscer – Écrit avec Emile Rabaté – Production Talweg, avec la participation de France Télévisions

Très chère électricité est diffusé dans Le Monde en face dimanche 6 avril à 21.05 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv